Lazare, « supercoach du bio » made in Africa

« On ne peut pas aller à l’étape de la certification sans être clair sur l’organisation ». Lazare Yombi est un motivateur de cotonculteurs en quête de bio. Sa mission : transmettre ses connaissances de l’organisation d’une culture biologique prête à être certifiée…

Le coton est une des principales cultures de rente en Afrique de l’Ouest. C’est une source de revenus directement allouée au financement des besoins de première nécessité (santé, logement et transports) et à la scolarisation des enfants.

Le coton c’est aussi bien souvent l’occasion d’introduire dans ses cultures, pesticides et autres intrants chimiques en tous genres, vendus au cotonculteur en package avec les semences. Je ne referai pas ici le speech sur les ravages de la culture conventionnelle du coton (« avec produits chimiques ») mais pour les curieux c’est à lire dans le début d’un article précédent, juste ici.

Si la voix du chimique est celle encore empruntée par une majorité, d’autres choisissent de s’en passer…

Comme le dit si bien Shia Labeouf... https://www.youtube.com/watch?v=Z6gG3tKDBlk

Comme le dit si bien Shia Labeouf…  « just do it »?

Facile à dire, mais à faire…

C’est justement là qu’interviennent les « supercoach du bio » : ils forment des cultivateurs désireux de passer au bio, qui deviennent de véritables techniciens de terrains. Techniciens fraichement formés qui vont ensuite accompagner d’autres agriculteurs de leur entourage dans l’organisation de leur travail. La certification « culture bio », Graal qui garantit une rémunération juste, n’est alors plus qu’une simple formalité.

Lazare est un de ces supercoach. Après 9 ans de service dans différents pays d’Afrique de l’Ouest pour Ecocert (un organisme de certification biologique), Lazare Yombi est aujourd’hui conseiller technique en agriculture biologique et certification depuis 2007 pour Helvetas (une ONG suisse active dans la coopération au développement). Son programme est simple mais il a fait ses preuves. Il comprend 5 étapes clés garantes de la qualité de l’organisation interne, ingrédient indispensable au succès d’une certification :

  1. La ligne de départ, le choix de la terre, exempte de traitement chimique depuis au moins 3 ans. Pour le vérifier on recherche certains indicateurs comme la présence de termitières ou de vers de terre…
  2. Le témoin, les graines de coton fournies par les faîtières (un regroupement d’organisations de cotonculteurs) qui les récupèrent des récoltes antérieures où la graine est séparée de la fibre à l’étape de l’égrenage industriel.
  3. L’équipement, la fourniture des biopesticides : l’ingrédient le plus courant est la graine de neem. Ces produits, issus exclusivement de plantes réduisent la présence d’insectes ravageurs friands des fruits du coton.
  4. Le plan de course,  un calendrier des étapes successives nécessaires à la culture du coton : la principale étant le désherbage (en bio, c’est la prévention avant le curatif, le désherbage limite la prolifération des ravageurs).
  5. La ligne d’arrivée, un trio gagnant et un rapport détaillé des taches accomplies par le producteur, rédigé par un technicien qui a suivi le cotonculteur sur le terrain tout au long de sa culture, et vérifié par un  autre technicien (tous deux formés par Helvetas), afin de certifier la parcelle accompagnée.

Cette recette spéciale « triathlon en relais du bio », Lazare en est convaincu, c’est la base du succès de toutes certifications. Au cours de son expérience en tant que certificateur à Ecocert, il a pu observer les failles qui conduisent une parcelle à ne pas recevoir sa certification. Son anecdote la plus marquante, cette coopérative qui lui a requis près d’un mois de travail de suivi et contrôle, afin de préparer sa certification, au lieu des quelques jours traditionnellement requis pour l’octroi de l’agrément…

Désormais, c’est de l’autre côté de la barrière qu’il se trouve, un vrai préparateur à la culture biologique :

« Helvetas intervient sur plusieurs filières dont celle du coton qui est utilisée comme porte d’entrée pour promouvoir l’agriculture biologique et amener les populations à comprendre que l’on peut produire tout en préservant l’environnement. »

Depuis son arrivée dans l’ONG suisse, Lazare a pu suivre dès ses débuts un des programmes de culture biologique du coton développé par Helvetas. Dans la commune de Natitingo à l’est du Bénin, près du parc national de la Pendjari, une organisation locale avait sollicité Helvetas suite au constat de contaminations à l’endosulfan, un insecticide chimique utilisé pour la culture du coton. Les cotonculteurs étaient à la recherche d’autres solutions pour leur culture, suite à divers effets observés sur la faune et la flore, ainsi que des problèmes de malformations constatés chez les nouveaux nés. Helvetas a alors mis en place un programme d’accompagnement à la culture biologique. Ce projet comptait en 2008 500 producteurs de coton, passé en 2015 au nombre de 2000.

Le succès de ce programme, Lazare l’attribue à un suivi régulier, avec des responsabilités définies et à l’importance de passer un message clair aux producteurs. Le choix des producteurs qui seront formés est également primordial, ce sont les leaders villageois qui sont chargés de passer les messages et d’identifier les producteurs qui vont intégrer le programme de formation.

Pour la suite, Helvetas a pour objectif de se retirer de manière progressive. Depuis le démarrage jusqu’à 2015, Lazare a réduit ses déplacements de Cotonou, au lieu de production : de deux missions par mois au début, ils sont passés à une seule en 6 mois en 2015. Les équipes techniques formées sur place sont prêtes à répondre aux besoins de production et de certification biologiques locaux, qu’ils pourront à leur tour enseigner autour d’eux.

En plus d’être supercoach du bio, Lazare est un infatigable globe trotteur de la conversion au bio : il a suivi des projets au Sénégal et au Mali, a vécu 4 ans au Burkina avant de rentrer chez lui au Bénin. Aujourd’hui, Lazare est prêt à relever de nouveaux défis. Engagé dans de nouveaux projets à Madagascar pour la production de cacao, et au Bénin pour la certification biologique d’une activité maraîchère destinée au marché local, sa mission du bio made in Africa qui ne fait que commencer…

Lazare Yombi

Lazare Yombi, crédit photo Helvetas

Pour aller plus loin dans l’univers cotonneux et biologique de Lazare, des articles de son cru par ici :

Interview de la coordinatrice de l’Association des Femmes Vaillantes et Actives (AFVA) au Bénin

Présentation d’un programme d’accompagnement de cotonculteurs à la conversion biologique au Bénin

Merci à Lazare Yombi pour son accueil chaleureux et son enthousiasme pour toujours plus de bio dans nos campagnes!

Merci à Virginie Peytoureau et Andrea Peterhans pour la photo de fin d’article prise par Helvetas!

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2 réflexions sur “Lazare, « supercoach du bio » made in Africa

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