Travailler pour soi dans l’intérêt de tous

L’histoire des gens de nos habits racontée à travers le prisme de la résistance à l’esclavage…

Escale landaise le jour de la conscience noire

Pour un voyage dans une mode sans chaînes, suivez le guide...

Suivez le regard : voyage au Brésil vers une mode libérée du dictat de la fast fashion …

« Être libre, ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaînes, c’est  vivre d’une façon qui respecte et renforce la liberté des autres. »

Nelson Mandela.

Le 20 novembre 2015, le blog présentait sa première exposition pour le jour de la conscience noire : un planisphère de gens de la mode sans chaînes, made in Brasil et ailleurs, présentés à travers le prisme de la conscience noire…

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Le Nord, ses usines textiles et une grand-mère aux doigts de fées

Pour cette première dextilation (une destination qui nous emmène à la rencontre d’un métier en lien avec le textile) je vous invite à découvrir le patrimoine industriel textile de ma région : le Noooooooord ! Car voilà, même si je suis un pur produit de ch’nord, je n’arrive pas vraiment à définir ce que représente ce patrimoine. J’ai beau le revendiquer haut et fort, en être fière, je l’avoue, mes connaissances sur le sujet tiennent plus du mythe que de la réalité…

Du coup j’ai fait appel à des experts : Le Non-Lieu, une association de promotion artistique qui s’inspire des richesses de l’industrie textile locale basée à Roubaix. Le rendez-vous avait lieu au Collège Nadaud de Wattrelos avec la classe de 3ème5 et Les Amis de la Lainière et du Textile, une association basée à Wattrelos…

Ce rendez-vous nous emmène dans un atelier d’arts plastiques pas comme les autres, autour du passée de l’usine de La lainière. Cette usine produisait principalement des pelotes de laine et fut l’une des usines les plus modernes d’Europe. Fermée depuis 2000, elle est aujourd’hui en friche.

 

Bruno Desplanque, le professeur d’arts plastiques, nous invite à découvrir « comment, par l’art, ouvrir les yeux sur ce qu’on ne voit plus ». Le programme est intense.

On attaque le début du cours avec un tour de table et là, pas toujours évident de raconter son lien avec ce passé pourtant omniprésent dans la ville avec ses nombreuses friches, parfois c’est même le néant total. Qui connait la raison pour laquelle ses parents, grands-parents, voire arrière-grands-parents ont élu domicile dans la région ? Qui a conscience des choix de vie qu’on fait ses ancêtres ? Tout ne se rapporte pas au textile, oui, mais quand même, quelques pépites du terroir à ce sujet valent la peine d’être évoquées :

 

  • La grand-mère de Camille a travaillé dans une usine textile à Roubaix…
  • José habite en face de la friche mais n’a aucun « lien de parenté » avec le textile…
  • La maman de Julia travaillait à Trélanor (un fabricant de tresses textiles)…
  • Le grand père de Léa livrait la laine de la lainière…
  • Les parents de Justine sont arrivés dans la région pour travailler comme ingénieurs dans le textile…
  • Le père de Fiorella qui passe tous les jours devant la lainière était teinturier…
  • Florent a retrouvé dans le grenier de sa grand-mère des photos de l’usine et a réalisé pour la classe un exposé sur le rayonnement international de la Lainière et son club de foot…
  • Les grands-parents de Cansel sont venus de Turquie pour travailler dans l’industrie textile…
  • Et Prisca a demandé à son oncle de venir raconter son histoire de la Lainière : Tonton Alain a travaillé dans l’usine comme soigneur (il réparait les machines), puis carreleur (on en retrouvera quelques morceaux sur la friche).

 

Dans ce tourbillon d’histoire je réalise que le plus important n’est pas de compter les usines tombées depuis la crise des années 60. Et si nous commencions par regarder autour de soi les trésors de vie passée par le textile?

 

Juste se souvenir que nos proches (parents, amis, voisins) avaient une vie avant la retraite ou le chômage, qu’ils ont travaillé souvent avec ténacité et fierté du travail bien fait à construire toute une société du textile, et que c’est cette vie qui a fait ce qu’est aujourd’hui cette belle région, accueillante et courageuse. Il suffit souvent de demander pour découvrir ces histoires personnelles du textile…

 

Et ces rencontres me renvoient à ma propre histoire textile : celle d’une grand-mère coquette aux «doigts de fées », et aux « pulls qui grattent » (dont la laine venait peut-être de la lainière ?…) qui m’a donné envie de mieux connaître ceux/ce qui se cachaient derrière nos habits…

 

Pour préserver cette culture commune, le Non-lieu et les Amis de la Lainière, se sont associés au sein du Collectif Textile Uni, qui milite pour une reconnaissance du patrimoine industriel textile de la métropole. Ces associations œuvrent, chacune à leur manière, à rendre vivant des éléments du passé industriel de la métropole lilloise. Elles se sont réunies en collectif pour déposer à ce titre une candidature au patrimoine mondial de l’humanité… Le manifeste appelant à déposer cette candidature à l’UNESCO est téléchargeable sur le net : http://www.non-lieu.fr/wp-content/uploads/2012/09/bulletin-manifeste.pdf

 

REMERCIEMENTS

Un biiiiiiiig big up à mes hôtes pour le temps, la chaleur et l’écoute qu’ils m’ont accordés :

Au Non-Lieu (une association de production artistique qui lie arts et patrimoine textile, dont le QG fait office de résidence d’artistes, salle d’expo et lieu évènementiel, et fut jadis la chaufferie de l’usine textile Cavrois-Mahieu, fondée en 1887 et fermée en 2000), merci à Olivier Muzellec (Président) et Franck Larère (chargé de mission), fondateurs du Non-lieu[1], qui m’ont invitée à cet atelier d’art plastique text-stylé 😉

Avec Camille-Nicole, auteure-illustratrice arrivée de Bourgogne, en résidence artistique au Non-lieu pour 4 mois dans le but d’échanger sur son travail par le biais de textes et d’images, qui a coaché les élèves pendant l’atelier de peinture à la chaine.

Et Sandra Gilles, plasticienne originaire du Val do Ave (une région textile du Portugal) également en résidence au Non-lieu et qui prépare un projet d’occupation de l’espace de la Lainière avec du fil, matière première de ses créations.

 

Aux Amis de la Lainière et du Textile (une association d’anciens de l’usine du même nom qui transmettent la mémoire des savoirs faire auxquels ils ont voué toute une vie…) : Francis Bohée, Georges Dubois et Tonton Alain, qui nous ont raconté avec passion et émotion l’histoire de leur usine…

 

A la classe d’arts plastiques de 3ème 5 Bruno Desplanque : merci aux élèves du collège Nadaud, qui nous ont raconté leurs histoires du textile, avec un spécial merci à Prisca qui nous a présenté son Tonton Alain !

 

Et enfin un grand merci aux amis qui ont bien voulu m’accompagner dans cette 1ère étape dans le nord de la France, la région où j’ai grandi :

Charlotte, ma fidèle photographe et camerawoman (bon c’est une première mais y’en aura d’autres… on l’espère !) ex voisine et future co-voyageuse inch allah !

Théodore, pour ses conseils de journaliste aguerri

Ma coach, Célia (http://www.touslesmatins.net ), pour les questions que je ne me serais pas posées seule et qui m’ont fait avancer

Ma famille et mes amis, pour avoir supporté avec patience et écoute les humeurs d’une modeuse-trotteuse en herbe qui se cherche encore autour du monde…

[1] http://non-lieu.fr/